Une baie remplie d'accélérateurs dernier cri ne sert à rien si les machines ne peuvent pas communiquer efficacement entre elles. Entre les puces et les applications d'intelligence artificielle, une infrastructure moins spectaculaire reste indispensable : la fibre, les commutateurs, les connexions réseau et tous les équipements permettant aux serveurs de travailler ensemble.

C'est sur cette partie du marché que CBRE veut renforcer sa présence. Le groupe américain, historiquement connu pour ses services immobiliers, annonce avoir conclu un accord définitif pour racheter Onnec Group Limited.

L'entreprise britannique conçoit, installe et entretient des infrastructures de connectivité pour les grands centres de données. Ses équipes travaillent notamment sur les réseaux fibre optique et cuivre, les baies informatiques et les installations techniques nécessaires aux infrastructures numériques.

Le rapprochement doit permettre à CBRE de proposer davantage de services aux grands opérateurs de centres de données, particulièrement en Europe et en Asie-Pacifique.

Mais derrière le montant proche d'un milliard de dollars, la structure financière de l'accord demande quelques précisions.

610 millions de dollars garantis dans l'accord, 400 millions sous conditions

Le prix initial annoncé par CBRE s'élève à 460 millions de livres sterling, soit environ 610 millions de dollars, payables en numéraire à la réalisation de l'acquisition.

Un complément de prix pouvant atteindre 300 millions de livres, soit environ 400 millions de dollars, pourra ensuite être versé sur plusieurs années.

Ce supplément dépend de l'atteinte de seuils de croissance convenus entre les parties.

Le montant maximal potentiel avoisine donc 760 millions de livres sterling, ou un milliard de dollars selon les conversions publiées par CBRE.

Il serait cependant incorrect d'affirmer que CBRE paie immédiatement un milliard de dollars.

La transaction combine un paiement initial et une rémunération conditionnelle future. Si certains objectifs ne sont pas remplis, le montant total effectivement versé pourrait être inférieur au maximum annoncé.

Ce mécanisme, appelé earnout dans les opérations financières, permet de lier une partie du prix d'acquisition aux performances futures de l'entreprise achetée.

Il peut contribuer à rapprocher les attentes du vendeur et de l'acheteur lorsque les perspectives de croissance occupent une place importante dans la valorisation.

Les modalités détaillées des seuils à atteindre n'ont pas été rendues publiques dans le communiqué.

L'opération n'est par ailleurs pas encore finalisée. Elle reste soumise aux autorisations réglementaires habituelles, avec une clôture attendue autour de la fin de l'année 2026.

Onnec : quarante ans d'expérience dans les infrastructures réseau

Onnec a été fondée en 1986 et possède son siège à Londres.

L'entreprise emploie environ 800 personnes et intervient auprès de grands groupes technologiques, de fournisseurs de services numériques et d'opérateurs de centres de données.

Son activité comprend la conception des réseaux, l'installation du câblage structuré, le déploiement de fibre optique et la mise en service des équipements de connectivité.

Elle propose également des prestations de maintenance, de modification d'installations et d'assistance technique sur site.

Ces opérations se déroulent à différentes étapes de la vie d'un centre de données.

Pendant la construction, les équipes préparent les cheminements, installent les câbles et raccordent les équipements. Lorsque le bâtiment entre en production, elles peuvent intervenir pour ajouter de nouveaux serveurs, modifier les réseaux ou remplacer certains composants.

Le travail demande une coordination étroite avec les autres métiers du bâtiment, car une installation réseau dépend aussi des contraintes d'espace, d'électricité, de refroidissement et de sécurité.

Onnec dispose d'une présence importante au Royaume-Uni, en Europe continentale et en Asie-Pacifique.

Ces implantations intéressent directement CBRE, dont les activités de services aux infrastructures critiques sont déjà développées aux États-Unis.

Le rapprochement permettrait donc d'étendre géographiquement des compétences complémentaires.

L'IA transforme la fibre optique en contrainte industrielle

L'importance croissante de ces prestations s'explique par l'évolution des infrastructures de calcul.

Les applications web traditionnelles peuvent fonctionner sur des serveurs répartis entre plusieurs équipements, avec des besoins réseau variables.

Les grands systèmes d'entraînement de l'intelligence artificielle imposent une autre organisation.

Des milliers d'accélérateurs peuvent participer à des calculs parallèles, en échangeant régulièrement des données entre machines.

Ces communications doivent être suffisamment rapides pour éviter que des processeurs très coûteux restent inutilisés en attendant des informations.

La conception du réseau devient donc un élément central des performances.

Les clusters IA modernes peuvent nécessiter un grand nombre de liaisons optiques, des commutateurs de forte capacité et des architectures complexes de connexion entre les accélérateurs.

La densité des connexions augmente les exigences concernant la qualité de l'installation, l'identification des câbles, les tests et la maintenance.

Une erreur de raccordement ou un problème de connectivité peut ralentir la mise en service d'une installation, même lorsque les serveurs ont déjà été livrés.

Pour un opérateur qui investit dans des équipements informatiques très coûteux, ce type de retard représente un risque économique concret.

Équipements réseau et câbles Ethernet illustrant les opérations de connectivité réalisées par Onnec dans les centres de données

Les travaux d'Onnec illustrent la complexité des grands projets

Les réalisations déjà présentées par Onnec donnent une idée de l'échelle de ses interventions.

En mai 2026, l'entreprise a annoncé avoir achevé un important chantier réseau dans le premier bâtiment d'un campus hyperscale situé à Francfort.

Le site concerné appartient à un projet d'une capacité globale annoncée de 112 mégawatts sur environ 108 000 mètres carrés.

Dans le périmètre de son intervention, Onnec indique avoir installé près de 4 000 câbles cuivre et plus de 500 câbles de fibre optique nécessitant plus de 13 000 épissures individuelles.

Les travaux concernaient également plus d'une centaine de baies réparties dans l'installation.

Ces chiffres sont ceux du chantier présenté par l'entreprise, pas des caractéristiques de tous les centres de données qu'elle équipe.

Ils montrent néanmoins le degré de précision requis dans les grands projets de connectivité.

Une épissure optique permet de raccorder deux fibres. Sa qualité doit être contrôlée pour garantir une transmission conforme aux exigences du réseau.

Lorsque des milliers de raccordements sont nécessaires, les opérations d'installation et de vérification deviennent une composante importante du calendrier du projet.

Onnec souligne également que ce chantier a donné lieu à la préparation d'une documentation destinée à faciliter la gestion future de l'infrastructure.

Cette dimension est essentielle pour les opérateurs qui devront ajouter ou déplacer des équipements pendant plusieurs années.

CBRE veut bâtir un groupe mondial de services techniques

L'acquisition envisagée s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification.

CBRE est traditionnellement associé à l'immobilier commercial : conseil, transactions, gestion d'actifs et services liés aux bâtiments.

Le groupe cherche désormais à développer une activité mondiale de services techniques aux infrastructures critiques.

Cela comprend les centres de données, mais également d'autres installations dont le fonctionnement dépend de systèmes techniques complexes.

En intégrant Onnec, CBRE compléterait ses capacités américaines par une présence plus importante dans les grands marchés européens et asiatiques.

Le groupe explique que cette combinaison pourrait lui permettre de servir des clients internationaux avec des procédures et des niveaux de service plus homogènes.

Pour un hyperscaler, faire appel à un prestataire capable d'intervenir dans plusieurs pays peut simplifier certains projets.

L'intérêt est notamment de coordonner la conception, le déploiement, les vérifications et la maintenance.

Mais disposer d'un fournisseur mondial ne supprime pas les contraintes locales.

Les normes de construction, les conditions de travail, les fournisseurs disponibles et les exigences réglementaires peuvent différer sensiblement d'un pays à l'autre.

L'efficacité de la future organisation dépendra donc de sa capacité à combiner standardisation et expertise locale.

Une activité attendue à près de 500 millions de dollars de revenus en 2027

CBRE fournit également des prévisions financières pour Onnec.

Le groupe estime que l'entreprise pourrait réaliser environ 370 millions de livres sterling de chiffre d'affaires en 2027, soit 498 millions de dollars.

Il prévoit un core EBITDA supérieur à 50 millions de livres, soit environ 67 millions de dollars.

L'EBITDA est un indicateur de résultat utilisé pour apprécier certaines performances opérationnelles avant notamment les charges financières, les impôts et les amortissements.

La définition exacte du core EBITDA peut inclure des ajustements spécifiques à la présentation financière de l'entreprise.

Ces prévisions ne correspondent pas à des résultats annuels déjà réalisés.

CBRE estime par ailleurs que l'acquisition contribuera immédiatement à son bénéfice ajusté par action après sa finalisation.

Cette attente reste prospective et dépend notamment des performances réelles d'Onnec et de la bonne exécution de la transaction.

Les prévisions ne permettent pas de déterminer à elles seules le rendement final que CBRE obtiendra sur son investissement.

Celui-ci dépendra du prix réellement versé, des coûts d'intégration et des résultats futurs.

Sept milliards de dollars de services d'infrastructure : l'objectif de CBRE

Le groupe donne une indication de l'importance stratégique de l'opération en présentant ses ambitions pour 2027.

Avec Onnec, CBRE prévoit que sa division Critical Infrastructure Services pourra générer près de 4,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel.

D'autres activités du groupe, notamment Project Management et Advisory Services, devraient apporter environ 2,5 milliards de dollars de revenus supplémentaires liés aux infrastructures.

L'ensemble représenterait donc près de sept milliards de dollars de chiffre d'affaires pour les services d'infrastructure en 2027.

CBRE précise que cette estimation ne comprend pas certaines ventes ponctuelles de terrains destinés aux centres de données dans son activité de développement.

Il faut éviter de présenter les sept milliards comme une activité entièrement nouvelle créée par l'acquisition d'Onnec.

Ce total correspond aux revenus prévisionnels d'un ensemble plus large de services, dont une partie existait déjà chez CBRE.

L'acquisition constitue un élément de cette stratégie, pas sa totalité.

Ces prévisions illustrent le poids économique que le groupe souhaite donner aux infrastructures numériques dans ses activités futures.

Pourquoi le calendrier de construction devient un avantage concurrentiel

Le secteur des centres de données connaît une demande soutenue, notamment sous l'effet des investissements dans l'intelligence artificielle.

Mais la disponibilité d'un terrain et le financement d'un bâtiment ne garantissent pas que des serveurs pourront être exploités rapidement.

Les projets doivent réunir des capacités électriques, des systèmes de refroidissement, des connexions réseau et des équipes spécialisées.

Certains de ces éléments peuvent devenir des contraintes déterminantes.

Dans son analyse du 21 octobre, TechTarget cite Alex Cordovil, directeur de recherche chez Dell'Oro Group, qui souligne l'importance croissante des équipes capables de déployer rapidement des infrastructures de connectivité.

Les réseaux destinés aux grands clusters IA demandent davantage de liaisons entre machines que de nombreuses installations traditionnelles.

Le câblage devient alors une étape critique avant la mise en service effective de la capacité de calcul.

Même si les GPU et les équipements de refroidissement sont disponibles, une installation réseau inachevée peut empêcher le démarrage de certaines charges de travail.

Cette contrainte explique pourquoi des spécialistes de l'installation peuvent acquérir une valeur stratégique élevée.

CBRE ne rachète pas un fabricant de puces, mais une capacité de conception et d'exécution technique susceptible d'être sollicitée pendant de nombreuses années.

L'acquisition ne garantit pas de nouveaux contrats

La présence mondiale de CBRE pourrait offrir à Onnec de nouvelles opportunités commerciales.

Mais la transaction n'annonce pas de contrat supplémentaire déjà signé avec un hyperscaler précis.

Elle ne confirme pas non plus de changement immédiat de l'effectif, d'ouverture de nouveaux sites ou de transfert des contrats existants.

Onnec doit rejoindre la division Critical Infrastructure Services après la réalisation de l'opération.

L'intégration opérationnelle devra ensuite être organisée, notamment pour rapprocher les méthodes de travail, les systèmes internes et les procédures commerciales.

La capacité à proposer davantage de services ne garantit pas que tous les clients existants choisiront automatiquement d'élargir leurs contrats.

Les grands opérateurs de centres de données conservent leurs propres processus d'achat, leurs exigences techniques et leurs calendriers.

Les gains de coordination attendus devront donc être observés après la finalisation et l'intégration de l'entreprise.

Une opération qui reflète la transformation économique de l'IA

L'intérêt de cette acquisition dépasse le seul secteur immobilier.

Les investissements massifs dans l'intelligence artificielle créent une demande pour des métiers indispensables, mais moins visibles que les fabricants de GPU ou les fournisseurs de modèles.

Construire une infrastructure de calcul nécessite des entreprises capables d'installer les réseaux, raccorder la fibre et maintenir les installations.

Ces prestations mobilisent des compétences techniques, des équipes expérimentées et une capacité d'intervention sur des chantiers complexes.

Leur développement peut donc accompagner celui des infrastructures IA, même si le volume réel d'activité dépend des décisions d'investissement des clients.

Cette dépendance représente aussi un risque.

Si les grands groupes réduisent leurs programmes de construction ou repoussent leurs déploiements, les prestataires spécialisés pourraient connaître un ralentissement.

Les perspectives de croissance ne sont donc pas indépendantes du cycle d'investissement des grands opérateurs technologiques.

La diversification géographique et la maintenance d'installations existantes peuvent toutefois apporter d'autres sources de demande que les seuls nouveaux chantiers.

Une acquisition encore soumise aux autorités

Au 22 octobre 2026, l'accord entre CBRE et Onnec est signé, mais l'acquisition n'est pas encore achevée.

La finalisation reste soumise aux autorisations réglementaires et aux conditions habituelles de clôture.

CBRE vise une réalisation autour de la fin de l'année.

Ce calendrier constitue une prévision, pas la confirmation que les autorités ont déjà donné leur accord.

Le prix maximal dépendra également de la croissance future d'Onnec, puisque le complément de rémunération est conditionnel.

La prochaine étape concrète sera donc la finalisation juridique de l'opération, suivie de l'intégration des équipes et des activités.

Le dossier illustre une réalité de la course à l'intelligence artificielle : acheter des processeurs ne suffit pas. Les faire fonctionner dans des centres de données fiables exige une infrastructure physique et réseau dont la complexité augmente avec la puissance de calcul.

En misant jusqu'à un milliard de dollars sur Onnec, CBRE cherche à occuper une place plus importante dans cette chaîne industrielle.

Reste à déterminer si la croissance annoncée des centres de données se traduira durablement en contrats, en marges et en revenus pour le futur ensemble.